Accueil » Actus » Durarara!! Tome 1 : Tainted Love [Critique LN]

Durarara!! Tome 1 : Tainted Love [Critique LN]

Ryohgo Narita, auteur prolifique de light novels, est surtout connu en Occident grâce aux adaptations animées de 2 de ses séries phares, Baccano! et Durarara!! (non, les points d’exclamation ne sont pas en option). Le bougre a une plume bien à lui et je suis de près ses différentes œuvres, aussi pouvez-vous imaginer sans mal la joie que j’ai ressentie à l’annonce de la sortie en anglais de ces 2 séries. Et il y a peu, j’ai reçu le tome 1 du LN Durarara!!, sorti en juillet chez Yen Press, qui sera donc au menu de cet article.

Une belle brochette d'allumés

Une belle brochette d’allumés

Synopsis :

À Tokyo, on ne compte plus le nombre de légendes urbaines qui courent dans le quartier d’Ikebukuro.
On raconte qu’immigrés et autres marginaux y disparaissent quotidiennement, victimes d’expériences louches… Il paraît qu’une créature fantastique en arpente les rues, à la recherche de sa tête… Et puis il y a ce nouveau gang, là, les Dollars, qui est sur toutes les lèvres, mais personne ne sait qui ils sont vraiment… Fraîchement débarqué de sa campagne, le jeune Mikado Ryuugamine va plonger tête la première dans les aventures de ce quartier qui semble attirer les fauteurs de troubles en tout genre !

Gare au motard sans tête

 Gare au motard sans tête

Le premier point qui frappe dans Durarara!!, c’est qu’on est complètement sorti des canons du LN classique. Pas de monde parallèle ou de MMORPG ici. On a une touche de fantastique… dans un Tokyo complètement moderne. Certains personnages sont lycéens… mais on voit à peine une ou deux scènes au lycée. Pas de harem rempli de tsunderes, juste un polygone amoureux des plus perturbants.

Même les enjeux de l’histoire sont finalement plus réduits qu’on pourrait le croire, et restent centrés sur les personnages. Le monde n’est pas en danger et les méchants restent des gens comme les autres.
Dans la vague de LN fantasy qui nous envahit, Durarara!! est une bouffée d’air frais.

La moitié du casting sur cette belle page couleur

La moitié du casting sur cette belle page couleur

Comme vous l’avez peut-être deviné avec l’image ci-dessus, Durarara!! n’a pas un unique héros, mais bien toute une galerie de personnages dont on suit tour à tour le point de vue pour avancer dans l’histoire !
Mikado est celui qui se rapproche le plus du protagoniste traditionnel : c’est un jeune adolescent qui est nouveau dans le quartier, découvrant les intrigues en même temps que le lecteur.
Pour autant, on ne peut pas dire qu’il s’agisse du héros de l’histoire. S’il a un peu plus de scènes que les autres, on passe quand même moins de la moitié du livre à ses côtés. Pareil pour le climax, où il joue un rôle important… en compagnie de quatre ou cinq autres personnages tout aussi importants.

Non, l’auteur prend le parti d’utiliser à fond la galerie d’une quinzaine d’individus qu’il nous présente dans ce premier tome. Et ils sont clairement le gros point fort de la série.
Il y en a pour tous les goûts : l’informateur trolleur à souhait qui prend plaisir à manipuler tout le monde, le jeune lycéen dragueur et casse-cou, le vendeur de sushis à l’accent russe délicieux, la grosse brute en tenue de barman qui jette des distributeurs automatiques dans les airs, la scientifique incestueuse qui ne s’embarrasse pas d’éthique, les otakus cinglés…

Là où ça coince un peu, c’est que présenter autant de monde en 200 pages, ce n’est pas évident.
Ainsi, on passe la première moitié du volume à se faire balader d’une tête à l’autre, ce qui ne facilite pas l’immersion. Il faut attendre la deuxième partie pour qu’on commence à raccrocher les wagons et à comprendre les relations qui rapprochent ces personnages. À partir de là, l’histoire devient extrêmement prenante, mais il faut s’investir un peu plus au début.

Les personnages ne sont évidemment pas aussi fouillés les uns que les autres, mais tous sont posés en quelques lignes et ont leur petit caractère. L’intérêt est qu’il sont ainsi disponibles pour les volumes suivants : l’auteur va pouvoir axer ses volumes sur l’un ou sur l’autre, tout en profitant du reste pour rendre son univers vivant, ressortir un perso secondaire qu’on avait oublié…
Autre point notable, on les voit interagir ensemble, et il est clair qu’ils ne vont pas se comporter de la même façon avec une connaissance lointaine qu’avec leur ennemi juré. On évite ainsi l’écueil d’avoir des personnages cantonnés dans leur archétype et seulement définis par leur relation au héros.

Kida et Mikado, deux lycéens ordinaires ?

Masaomi et Mikado, deux lycéens ordinaires ?

Le thème de cette histoire ? L’amour. Oui, mais l’amour tordu…
Humains et monstres peuvent-ils s’aimer ? Jusqu’où iriez-vous pour l’être aimé ? Est-ce bien noble de tout sacrifier au nom de l’amour ? Ce thème est vraiment exploré sous différentes facettes, laissant le lecteur se faire son opinion. L’auteur prend un malin plaisir à retourner des sentiments généralement purs et idéalisés pour en extirper la face la plus sombre.
Il introduit aussi une réflexion sur l’effet de foule et les réseaux sociaux ; rapidement abordées, ces thématiques seront toutefois exploitées plus en détail dans les volumes suivants.

Le scénario lui-même est intéressant et réserve son lot de surprises. Il va vite, très vite, ce qui est un peu à son détriment ; on aurait préféré un peu plus de temps pour s’acclimater à ce bon vieux quartier d’Ikebukuro et pour faire connaissance avec ses habitants.
L’accent est bien mis sur le quartier lui-même et toute la mystique qui l’entoure, notamment au travers d’une chat room dans laquelle les personnages discutent anonymement et échangent des rumeurs.

Choix étonnant, une ou deux scènes d’action se déroulent « off-screen », alors qu’on aurait bien aimé y assister. En revanche, le climax du livre est très bien trouvé et assez jouissif. Pas de cliffhanger : on a une conclusion satisfaisante mais qui pose les pistes nécessaires pour la suite de la série.
Pour les fans pointus de Baccano!, vous retrouverez quelques clins d’œil subtils (non, pas Isaac et Miria, hélas ; ils étaient inédits à l’anime).

Shizuo et Izaya ne sont pas très copains

 Shizuo et Izaya ne sont pas très copains

Passons à des questions de style. Concernant les illustrations, elles ne sont clairement pas magnifiques. Le chara design est un peu maladroit, et si vous avez encore les images de l’anime dans la tête, ça va piquer les yeux. L’illustrateur, Suzuhito Yasuda, s’améliore par la suite, c’est toujours ça. On a quand même droit à une grande illustration couleur recto verso qui fait 3 pages de long, plutôt chouette.

Au niveau de la traduction anglaise, je n’ai rien repéré de gênant. Sans avoir lu l’œuvre originale en japonais, je ne peux pas me prononcer sur la fidélité du texte, mais les phrases m’ont semblé assez naturelles à la lecture, ce qui n’est pas le cas de toutes les traductions officielles.

Après, on entre dans le style d’écriture de l’auteur. Ainsi, Narita a tendance à privilégier la narration au dialogue, accompagnant les conversations de ses personnages d’innombrables remarques sur les regards qu’ils échangent ou sur leur dialogue corporel. Il emploie des métaphores alambiquées, fait des effets d’annonce… On sent une volonté d’expliquer l’ambiance d’une scène plutôt que de la laisser parler d’elle-même, ce qui est louable mais maladroit.
Dans l’ensemble, une écriture assez verbeuse, plaisante mais parfois un peu lourde.

Au final, recommandé ou pas ? Le roman est très bon, indéniablement. Pour autant, force est d’admettre que l’adaptation animée de 2010 par Brain’s Base avait effectué un travail remarquable et, tout en restant fidèle au livre, rendait l’introduction de cet univers plus accrocheuse.
Avec 12 épisodes dédiés à cette partie, l’anime avait rajouté un paquet de scènes, mieux rythmé ses révélations, posé une sacrée ambiance urbaine en terme de musique et de décors…

Si vous en avez l’occasion, je vous conseille de commencer par regarder l’anime et dans un second temps de vous procurer le LN pour découvrir le style de Narita et profiter de certaines scènes différentes.
Si vous avez déjà vu l’anime ou que vous préférez lire des pages de texte, foncez ! Le scénario, les personnages et l’ambiance de ce titre sont vraiment de grande qualité, et Narita a le don pour construire des histoires uniques dans la production japonaise.

A propos de The Fighting Doll

Naritafag de l'extrême, AMV Enferette quand l'inspiration me vient.

Check Also

A Sunday without Otakiew, and yet the clockwork still works…

Salut à tous ! Aujourd’hui, on a plusieurs annonces à faire concernant Otakiew. Tout d’abord, ...

2 commentaires

  1. Yoho.
    Joli article, y a pas mal de détails intéressants et tu fais vraiment un joli tour du premier tome. Ca donne vraiment un bon aperçu. C’est vrai que le dessin a l’air rebutant et du coup Brain’s Base a vraiment tirer le meilleur du chara-design.
    J’avais l’intention de l’acheter en espérant trouver des suppléments à l’anime mais le light novel n’apporte vraiment rien 😮 ?

    • Merci, j’ai essayé de faire un peu d’analyse sans trop aller en profondeur.

      Pour les illustrations, elles s’améliorent vite dans les tomes suivants. Le chara design est relativement chouette, même si je préfère le style de Katsumi Enami dans Baccano! et Vamp!

      Pour ce volume, l’anime a hélas tellement soigné son intro qu’il n’y a vraiment aucune surprise dans le roman. Seule la première rencontre avec Celty se déroule de façon différente. Mais pour les tomes suivants qui ont été adaptés un peu plus rapidement, il devrait y avoir plus de variations et de détails supplémentaires… j’espère.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *