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Omega Complex : un manga à la française [Critique Manga]

Quand on a lu beaucoup (trop) de mangas, de livres ou même regardé beaucoup de films, on tombe sur un sérieux problème : la difficulté à rencontrer de nouveaux coups de cœur !
En effet, plus notre mangathèque s’agrandit, plus trouver une œuvre originale devient un casse-tête. Des scénarios déjà vus, des dessins d’une qualité banale ou des œuvres ni mauvaises ni bonnes, cela devient un véritable parcours du combattant pour trouver la perle qui se démarque du lot.

Mais ça arrive quand même de temps en temps (heureusement, sinon on s’ennuierait vite). Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’une série qui m’a marqué il y a de cela quelques années : Omega Complex !

Je vais vous parler de la série complète en proposant une critique de ses différents points forts et points faibles. Ayant aimé cette œuvre, mon but est de vous donner envie de lire cette saga, donc : NO SPOIL !

Vous aimez la science-fiction, les dystopies, les super-pouvoirs badass et les scénarios (O)méga complexes ? Ce manga est fait pour vous !

Le premier tome d’Omega Complex est sorti en mars 2009 aux éditions Les humanoïdes associés, pour un total de trois volumes. Créée par Izu (au scénario) et Shonen (aux dessins), nous avons de quoi nous vanter, car oui ma bonne dame, ces auteurs sont français !

Synopsis :

L’univers d’Omega Complex nous plonge dans un monde alternatif où la guerre froide se serait terminée par un conflit nucléaire. C’est à la fin des années 80 que notre histoire commence, soit 10 ans après la fin de la guerre nucléaire, le monde portant toujours de profondes séquelles de ce conflit.

En effet, une grande partie de la population mondiale a subi les retombées radioactives, entraînant l’apparition d’un grand nombre de malades. Les victimes les plus atteintes, celles ayant reçu une dose mortelle de radiation, doivent régulièrement prendre une dose de G.H.O.S.T, un médicament qui les maintient en vie. Il possède néanmoins un effet secondaire très intéressant, car dans 0.01% des cas, le malade développe des capacités surhumaines qui varient selon le type de radiation qu’il a subi. Les individus dans ce cas sont appelés des érynies.

Dans ce monde, nous suivons Kama, un chasseur de primes spécialisé dans les érynies, obligé de chasser les siens pour avoir de quoi se fournir lui-même en G.H.O.S.T (oui, Kama est lui-même un érynie).
Mais lorsque le plus gros contrat de sa carrière se présente à lui, il est loin d’imaginer que tout va bientôt changer dans sa vie. Une certaine Ananke est recherchée pour 5 millions de dollars.
Pour réussir à la capturer, Kama devra se frotter au gouvernement, aux groupes rebelles et à l’ordre des chevaliers d’oméga, les érynies les plus puissants de tous.

Omega Complex – Tome 1, page 2

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Dessins :

En matière de dessin, nous avons affaire à du lourd, du très lourd. Bien que Shonen ne s’est consacré pleinement au dessin que tardivement et en autodidacte (il a sérieusement travaillé son coup de crayon au début de sa vingtaine), c’est indiscutablement un grand dessinateur que nous avons là.

Dès les premières pages, ça saute aux yeux : on sent clairement qu’il s’inspire du mangaka Oh Great ! (Enfer et Paradis, Air Gear, Biorg Trinity…) sur le trait des personnages, mais on est loin d’un copier-coller. Même si la ressemblance est nette, Shonen a su créer son propre style. Ses dessins ont également une légère touche « comics » qui se marie à merveille avec cet univers post-apocalyptique.

Combat entre érynies – Tome 1

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Le gros point fort du dessinateur est son style recherché de dessin. Les vêtements des personnages sont bien détaillés, les décors et les véhicules sont également très travaillés, et on a ici affaire à un esthétisme poussé, qui ravit les yeux. Par exemple, une scène de combat sous la pluie reste assez claire tout en débordant de détails, que ce soit les flaques, les gouttes ou les rebonds de l’eau sur les personnages.

Combat entre érynies – Tome 2

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Toutefois, Shonen sait aussi faire au plus sobre. Avec un jeu d’ombres à la fois classe et d’une grande simplicité, il réussit à poser des scènes travaillées et dynamiques, malgré une moindre quantité de détails.

Le manga déborde d’humour, et le dessinateur réussit à s’adapter à ces scènes. Des traits caricaturaux efficaces, des expressions faciales appropriées et une conservation des proportions des personnages, voilà tout ce qui rend l’humour d’Oméga Complex immersif (dans le premier tome, principalement).
D’ailleurs, un autre point fort de Shonen est incontestablement les traits du visage de ses personnages. Son souci du détail lui permet d’obtenir une vaste gamme d’expressions.

Maintenant, soyons un peu moins tendres. Même si Shonen est talentueux, il a lui aussi des défauts.
Peu, mais oui il y en a. Surtout au niveau des scènes d’action qui ne sont pas toujours claires, nécessitant parfois une relecture de certains passages pour bien comprendre le déroulement des événements.

Néanmoins, ses dessins sont bien entendu grandement mis en valeur par cette riche histoire, qui fait ressortir le meilleur de lui-même.

Scène de combat de Kama – Tome 2

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Histoire :

Izu nous offre un scénario vraiment poussé et approfondi. Dès le premier tome, on se retrouve avec un univers bien construit, cohérent, et aux personnages travaillés (principaux comme secondaires).
C’est simple, après avoir lu ce tome, j’ai tout de suite pensé que le scénario avait dû être pensé, écrit et réécrit plusieurs années auparavant. L’histoire est vraiment bien orchestrée, les rebondissements sont efficaces et l’univers reste cohérent tout au long de l’œuvre.

Cependant, comme pour les dessins de Shonen, ce n’est pas sans défauts. Dans l’ensemble, le plus gros d’entre eux est le rythme de l’histoire.

Dans le tome 1, aucune fausse note à signaler. Une introduction claire, des personnages charismatiques et approfondis juste assez pour attirer la sympathie du lecteur, un univers qui s’enrichit et qui reste dépourvu d’incohérences. Rien à redire, ce tome est un exemple pour un bon lancement de série.

Tout se gâte néanmoins à partir du tome 2. Il se passe beaucoup trop de choses en peu de temps. Certains passages sont trop rapides et des événements semblent sortir de nulle part. L’évolution des personnages est fulgurante, autant sur le plan personnel ou relationnel, et c’est ce rythme qui a fait que je n’ai pas réussi à me sentir impliqué par la fin de ce second tome.

Le tome 3 a su rattraper ce problème de rythme, malgré un début un peu perturbant. Le déroulement des événements est plus fluide et simple à suivre. Ce regain nous permet de mieux profiter du final, final qui ne sera d’ailleurs pas au goût de tous. Je ne peux hélas pas vous en dire plus sans spoiler, mais sachez seulement qu’il s’agit d’un choix de fin très audacieux. Je suis très admiratif des choix scénaristiques d’Omega Complex, principalement la fin qui offre une véritable originalité en termes de conclusion.

En plus du rythme, un autre pseudo-problème apparait dans le manga. Je dis « pseudo-problème », car il varie en fonction du lecteur, et il s’agit des explications scientifiques.
Pour rendre l’univers crédible, Izu (avec l’aide de conseillers techniques et scientifiques) explique énormément de choses en relation avec la chimie et la physique nucléaire. Cependant, malgré les bonus en fin de tome qui nous éclairent sur tous les termes scientifiques utilisés, les textes sont souvent trop lourds et O-méga complexes (jeu de mot pas drôle, combo X2). C’est cette complexité scientifique qui m’amène à dire que ce manga est une œuvre que tout le monde ne peut pas forcement apprécier.
Je n’irais pas jusqu’à dire que ce manga est élitiste, mais un peu de bagage intellectuel le fera mieux passer. Si vous avez 12 ans, il vaut mieux éviter de lire ce manga pour le moment.

Cela dit, le gros point fort du scénario repose sur les antagonistes, qui sont travaillés et humains.
À la fin de l’œuvre, je vous défie de nier qu’à leur place, vous n’auriez pas fait la même chose qu’eux. Ils sont profondément humains, ne cherchant pas le mal et la destruction juste pour être méchant. Leurs rôles ne sont pas justifiés par leurs actes, mais ces derniers sont clairement justifiés par leur humanité. Avoir des antagonistes qui ne sont pas méchants juste pour le fun, ça fait du bien.
Les protagonistes aussi sont très intéressants, et nous prouvent que l’on peut créer des personnages avec un background riche et en peu de pages.

Sarah la noire, chef des chevaliers d’oméga – Tome 1

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Conclusion :

On est ici face à une œuvre d’une grande qualité, et je suis loin d’avoir tout détaillé ou d’avoir compris toutes les subtilités du duo Izu/Shonen. Nous pouvons nous vanter d’avoir chez nous des artistes d’un tel niveau, bien supérieur à certaines publications japonaises. On y trouve une excellente utilisation des codes du manga, le tout grâce à une collaboration qui semble sublimer les talents de chacun. On ressent aussi le fait que le scénario permet à Shonen de s’éclater dans ses dessins.

Le seul regret que j’ai eu à la fin de ma lecture est une légère frustration lors de la gestion du rythme du tome 2. Pour moi, un tome de plus entre le 2 et le 3 n’aurait vraiment pas été de trop pour mieux développer certains passages, voire même expliquer un gros trou dans la succession des événements.

Même si, par moments, j’ai pu paraître sévère avec certains défauts de l’œuvre, cela reste vraiment minime quand on considère Omega Complex dans son ensemble.
Le manga n’est pas un exercice facile et très peu d’artistes arrivent à leur niveau. J’ai énormément d’admiration pour cette œuvre et j’aimerais de tous cœur qu’il soit reconnu à sa juste valeur.

Si le trait de Shonen vous a séduit, sachez qu’il a également dessiné les séries BB Project (avec Kaze au scénario) et Lord of Chaos, une nouvelle collaboration avec Izu.
Je vous conseille grandement d’aller les lire, alors foncez petits canaillous !

Prenez soin de vos lectures !

Manakiel.

Edit 08/2015 : Critique lue et approuvée par Izu en personne !

A propos de Manakiel

Mangavore, amoureux du japon, dessinateur amateur et accro aux jeux vidéo. je suis toujours à la recherche de nouveauté et de manga originaux.

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